En octobre 2022, la société Imérys annonce son projet
d’ouverture d’une mine de lithium à Echassières,
village de 400 habitants situé dans l’Allier. Cette
mine, qui devrait ouvrir avant 2030 avec le soutien
de l’Etat français et de l’U.E, est destinée à
fournir du lithium pour alimenter la production de
véhicules électriques en Europe.
Dès novembre 2022, je débute un travail sur la
mémoire minière de ce petit village du centre de la
France où l’on exploite le kaolin depuis le XIXe
siècle. De 1917 à 1962, la Compagnie Minière des
Montmins y a aussi exploité du tungstène, que l’on appelait alors “Wolfram”, minerai
lourd qui sert dans les appareils industriels.
Je me suis concentré sur les contradictions de cette
mémoire, entre le souvenir d’un “âge d’or” et les
pollutions laissées sur le territoire. Basé sur un
travail d’enquête en amont puis d’immersion dans le
territoire, ce travail se construit autour
d’archives, de portraits d’anciens qui personnifient
l’époque minière et de paysages ou d’éléments de
paysage qui témoignent des conséquences sociales et
environnementales de cette industrie.
Toutes les photos ont été prises entre 2022 et 2024.
Un plan d'eau formé sur le puits d'une carrière de kaolins. Un agriculteur y capte l'eau pour irriguer ses cultures. Situé sur un terrain privé, peu de personnes y accèdent.Assemblage de photographies, archives des anciennes activités minières d'Echassières.Roland Guyot, 95 ans lors de la prise de vue. Petit, il entendait dire dans les bistrots : la Bosse est inépuisable. Il a ensuite travaillé à la mine, dont la laverie du Mazet. Sur son poste seul, il pouvait traiter jusqu'à 400kg de roches par jours.L'ancien blason de la mine de wolfram, au Mazet.Détail de l'ancienne carrière de kaolins située dans la forêt des Colettes. Classée Natura 2000 grâce à la faune et à la flore qui y foisonnent, le sol blanc est peut-être la dernière trace qui rappelle l'origine industrielle de ce site.Un bassin près de la galerie Sainte-Barbe, piégé dans la forêt. Ce fut l'un des premiers sites d'exploitation du wolfram dans la région, il y a 110 ans. Un habitant se souvient de l'eau qui coulait parfois à flot dans le bassin, quand il était petit. Aujourd'hui un maigre filet court le long du sentier. Pour les locaux, l'eau est le principal enjeu que soulève la future mine de lithium.Bâtiment appartenant à l'ancienne laverie du Mazet.Madeleine Mosnier, 97 ans lors de la prise de vue. Son oncle vivait et travaillait au Mazet, le site de lavage. A l'époque, huit cafés étaient ouverts à Louroux-de-Bouble, un village voisin d'Echassières où habitaient de nombreux mineurs. On y comptait aussi deux docteurs.Un tas de résidus miniers près du site du Mazet. Ces résidus, chargés en arsenic d’après un rapport de Geoderis, contaminent le sol et les alentours.La forêt enneigée, sur le versant Sud de la Bosse. Ce versant fait aussi l'objet de dépôts diffus de résidus miniers, d'après le rapport Géodéris. Isolés dans la nature, ils ne sont pas considérés comme une source de pollution importante. Certains habitants craignent néanmoins qu'ils soient remobilisés par la future exploitation.La retenue du Côtillon, en contrebas du Mazet. De grands étangs avaient été faits autour du site de l'ancienne laverie, afin de stocker les résidus d'extractions chargés en arsenic. Il y a plusieurs années, la digue de cette retenue avait cédé, déversant son contenu jusqu'à la Bouble en aval. Depuis, la plupart des étangs ont été vidangés afin qu'un tel incident ne se reproduise plus.Le trou dans lequel une vache est tombée, une nuit de juin 2021. C'est en fait une ancienne cheminée reliant une des galeries qui a servi à l'exploitation du wolfram, le siècle dernier. Elle pourrait faire plusieurs dizaines de mètres de profondeur et passe sous le champ d'un agriculteur.Roger Chammartin, 94 ans lors de la prise de vue. Il se souvient avec émotion de l'époque où il travaillait à la mine. Lui et sa femme ont vu les études de sol se succéder — études qui annonçaient déjà en 1974 les importantes ressources en lithium présentes ici. En même temps, ils ont vu leur village se dépeupler au fur-et-à-mesure des années. L'annonce de la future mine est pour eux un aboutissement, la promesse d'un renouveau, bien que les époques soient différentes.Detail du chateau de Beauvoir, restauré par l'artiste Claire Basler et son mari.A de nombreuses occasions, la commune d'Echassières organise des activités festives et culturelles. Ici, un feu d'artifices clotûre une soirée à la salle des fêtes. Ce dynamisme de la commune est rendu possible en partie par la richesse que lui rapporte son sous-sol : la société Imérys reverse des taxes à la communauté de communes dont relève Echassières pour pouvoir exploiter à la Bosse.Mme Leroux occupe seule une chambre de la maison de retraite d'Echassières. Elle pleure en repensant à son défunt mari, mort en 1997 d'une silicose après avoir travaillé dans la mine de charbon de Saint-Eloy-les-Mines la majeure partie de sa vie. Vous savez, la mine elle nous a beaucoup donné, mais aujourd'hui je la regrette.Un géologue d'Imérys contemple la carrière des kaolins de Beauvoir sous la neige.Photographie de classe d'Echassières, datant de l'année 1961-1962.